Le protocole de Kyoto est-il durable ? cet accord est-il équitable ?

Si nous nous en tenons à la dérive climatique (donc l’augmentation du taux de gaz à effets de serre) dans les années suivant la mise en œuvre du protocole de Kyoto (une fois que les émissions de gaz à effet de serre ont été divisées par deux), alors oui cela est suffisant.

Mais si l’on veut regarder un peu plus loin (quelques décennies au-delà de ce seuil) alors non, ce n’est pas suffisant, et il faudra aller plus loin dans les réductions de gaz à effet de serre, et polluer encore moins (donc consommer encore moins de charbon, de pétrole et de gaz naturel). Il faudra au minimum diviser par 4, voir plus.

Pourquoi est-ce suffisant de diviser par deux (les émissions de gaz à effet de serre) durant quelques années seulement, mais pas plus longtemps ?

Revenons à la source du problème. Voici un graphique qui présente le cycle du carbone sur notre planète, avant et après que l’homme ait débuté la révolution industrielle.

cycle du carbone
cycle du CO2 dans l’atmosphère, échange avec les différents milieux.

Explications du graphique :
Les chiffres en noire donnent les stocks de carbone en GtC (soit en milliards de tonne de Carbone) avant l’action de l’homme sur la végétation, l’atmosphère, les gisements fossile (charbon, pétrole, gaz) et l’océan.
Les chiffres en rouge donnent l’évolution de ces stocks depuis la révolution industrielle (-244 GtC de fossile, -144 de déforestation, + 165 dans l’atmosphère, + 101 dans la végétation et +18 +100 dans l’océan).
Les flèches donnent les flux d’échange entre les éléments en cumul annuel pour l’année 2005. En noire nous avons les flux avant l’action de l’homme, et rouge les flux liés aux nouveaux déséquilibres créés par l’augmentation du taux de Carbone dans un des réservoirs. Le solde en bleu donne le bilan des échanges, positif de 1,4 GtC de l’atmosphère vers la biomasse, et de 1,6 GtC de l’atmosphère vers l’océan.

Nous voyons que la nature épure en gros 3 GtC par an en part quasi égale entre la biomasse terrestre (forêts, cultures) et l’océan. Or nous émettons plus de 6 GtC par an en libérant le Carbone des réserves fossiles (charbon, pétrole, gaz). Du coup, en divisant par deux nos émissions (comme le prévois le protocole de Kyoto), nous arrivons à un équilibre où la nature épure de l’atmosphère, chaque année, tous le CO2 que nous y mettons. Ce qui est le moyen de stabiliser l’évolution climatique.

Mais ce processus d’épuration naturelle dans les « puits de Carbone » que sont l’océan et la forêt est fragile. L’océan va s’arrêter « naturellement » de stocker le carbone quand le déséquilibre (causé par l’homme) entre la quantité de carbone dans l’atmosphère et l’océan sera rééquilibré. Cela arrivera automatiquement lorsque l’océan aura absorbé une certaine quantité de Carbone de l’air. Reste à savoir combien. Ce qui veut dire que si l’homme veut que le taux de CO2 dans l’atmosphère reste stable, il faudra qu’il ne brûle pas plus de CO2 que la nature en absorbe, et donc si l’océan (qui absorberait 50% du CO2 émis en 2050 avec la mise en œuvre totale du protocole de Kyoto) s’arrête d’absorber du CO2, il faut que l’homme réduise encore de moitié ses émissions.

De plus, l’augmentation du taux de CO2 dans l’eau de mer va mécaniquement rendre ces eaux plus acide (phénomène déjà observé) ce qui risque à terme de rendre plus difficile la vie des micro-organismes de l’océan, et ainsi de toute la chaine alimentaire marine. Cela risque en plus de perturber, voir annuler les cycles déjà existant de stockage du carbone dans la mer (et donc la capacité de la mer à absorber le CO2 de l’atmosphère). Du coup, les océans, qui sont aujourd’hui des puits à carbone atmosphérique, risquent de devenir des « sources » de carbone atmosphérique (ils dégagent plus de CO2 vers l’atmosphère qu’ils n’en absorbent). Ce qui serait catastrophique pour l’homme, car même en arrêtant de bruler toute énergie fossile, le taux de CO2 dans l’atmosphère augmenterait « tout seul », donc le réchauffement climatique s’amplifierait, et donc le dérèglement climatique continuerait.

Pour la biomasse (les forêts, les plantes), elles absorbent aujourd’hui en gros ¼ de nos émissions de CO2. Cela devrait théoriquement pouvoir durer dans le temps. Mais le changement climatique (réchauffement, sécheresses) met en difficultés les plantes qui ont plus de mal à stocker le carbone, du coup, leurs capacité d’absorption diminue, en même temps que les dégagements de CO2 par la végétation augmente (car il y a plus d’activité microbienne qui décompose l’humus). Plus d’émission de CO2 vers l’atmosphère, et moins de stockage de CO2 : là aussi le « puits de carbone » risque de se transformer en « source » si le changement climatique arrive trop vite par rapport aux actions des hommes. D’où l’urgence pour les hommes d’arrêter de brûler du charbon, pétrole et gaz.

L’effort est-il équitablement réparti ?

Oui, nous pouvons rendre hommage aux scientifiques et aux hommes politiques qui dans le protocole de Kyoto ont ratifié un partage équitable des ressources naturelles et des émissions de CO2. Il y avait 2 solutions pour définir les efforts de réductions de CO2 :
 Tout le monde divise par 2 ses émissions, les pays riches qui polluent beaucoup comme les pays pauvre. Mais cela serait injuste de demander des efforts à des pays comme le Bengladesh, la somalie, Haïti, … qui sont très pauvres et polluent peut alors que des pays comme les USA et l’Europe même en faisant des efforts continueraient de polluer 5 ou 10 fois plus que les pays pauvres.
 Les ressources naturelles sont partagées en parts égales entres tous les citoyens du monde. Chaque être humain est autorisé à émettre la même quantité de carbone (tel que les émissions globales soient divisées par 2 au niveau de la planète)
Ce dernier choix est plus équitable. Il impose un plus grand effort de la part des pays riches, gros consommateurs d’énergie, mais il permet aux pays pauvres, consommant peu actuellement de poursuivre leur développement (dans la limite des seuils).

emissions_CO2.jpg
emissions de CO2 par pays en 2003 avec objectifs Kyoto

Va-t-on réussir à tenir les promesses du premier jalon de Kyoto ?

Pas sûr si l’on regarde les résultats intermédiaires des engagements pour 2012. Les seuls pays ayant réduit drastiquement leurs émissions sont ceux ayant eu une grave crise économique. Les pays en plein boom économique (croissance du PIB) ont explosés leurs quotas de production (et donc de pollution).

kyoto.jpg
engagement de kyoto en 2004

Sources :
 les rapports du Giec
 supports de cours de l’école des mines par Jancovici

P.-S.

Le protocole de Kyoto est donc un partage démocratique et équitable des ressources entre tous les êtres humains de la planète.
C’est une première étape indispensable pour limiter l’effet de serre et le changement climatique. Mais il nous faudra aller encore plus loin, à terme, pour éviter une nouvelle aggravation du réchauffement climatique, et donc émettre encore moins de gaz à effet de serre.